Thèbes aux cent portes

1302049286_84453c1d99.jpgC’est à Thèbes, « la ville aux cent portes » chantée par Homère, que trônait le roi des dieux Amon, et que les pharaons, dès le Moyen-Empire, bâtirent leurs palais et vinrent trouver après leur mort un éternel repos… Afin de mieux appréhender le devenir et le rôle politique et religieux de cette prestigieuse Ville du Sud, et mesurer la valeur symbolique de ses monuments, nous nous sommes adressés à Claire Lalouette, qui a publié aux éditions Fayard, entre 1985 et 1991, une Histoire de la civilisation pharaonique en trois volumes : Au royaume d’Égypte. Le temps des rois-dieux, Thèbes ou la naissance d’un empire et l’Empire de Ramsès.

Thèbes, village

Plus de cinq millénaires avant l’époque où nous vivons, existait au bord du Nil (en Haute-Égypte) un humble village, dont rien alors ne semblait permettre de prévoir qu’il deviendrait un jour la capitale du plus grand empire de l’Orient ancien. Le peuple égyptien, formé d’abord d’Africains, puis de populations d’origine sémitique vite dominantes, venait de s’adapter à un mode de vie sédentaire, depuis que les hommes avaient appris à maîtriser les crues du Nil, le grand axe de vie unissant le cœur de l’Afrique à la Méditerranée ; désormais les champs riverains du fleuve étaient régulièrement irrigués, grâce à un réseau de canaux dûment organisés. Dès 3200 av. J.-C., Thèbes, ainsi que les autres villages de la vallée, sont les témoins d’une première vie sociale, qui se fixe et se structure ; ils sont établis sur les levées de terre qui longent le Nil, évitant ainsi les dangers éventuels de trop fortes crues ; les huttes rondes sont, le plus souvent, construites à partir de terre argileuse, à laquelle on mêlait des morceaux de calcaire, le tout étant revêtu de roseaux ou de paille. Ainsi, dans ce premier paysage thébain, au cours de cette vie sociale originelle, agriculteurs, pasteurs, pêcheurs et chasseurs vivaient des jours tranquilles, entre fleuve, champs et désert.

À six cents kilomètres au nord de Thèbes, une ville prit peu à peu de l’importance : Memphis, située à la pointe du delta du Nil ; vers 3000 av. J.-C., elle devint la capitale du royaume unifié, constitué par l’union de la Haute et de la Basse-Égypte – le « Double Pays » – durant cinq siècles, six dynasties de souverains incontestés y régnèrent : Khéops, Khephren, Mykerinus, Sahourê, puis les Pepi, entre autres, monarques tout puissants.

Durant ce temps, Thèbes se développait et grandissait dans le Sud, notamment après que le pays eut été divisé, pour les besoins de la nouvelle administration centrale, en régions ou provinces (sepat pour les Égyptiens, nomes plus tard pour les Grecs) ; il y en eut trente-huit à l’origine. Thèbes alors devint la capitale du quatrième nome de Haute-Égypte, tandis que le village d’antan devenait une petite ville ; des maisons remplacèrent les huttes des premiers temps – maisons de pisé et de briques dont un petit nombre seulement est parvenu jusqu’à nous, étant donné la fragilité du matériau et l’usure causée par les années. Des administrateurs, véritables princes locaux veillaient, en relation avec le pouvoir central à Memphis, à l’organisation et au développement de la région. La foi religieuse, toujours ardente, avait promu certains dieux issus des croyances d’autrefois : Montou le faucon guerrier – Hathor, déesse-mère à forme de vache, déesse de la joie, de la danse et de la musique. Un peu plus tard venu dans le panthéon égyptien, Amon, d’abord dieu du vent, patron nécessaire des bateliers, demeurera, sous des formes et des attributions diverses, la divinité thébaine essentielle, associée, pendant des millénaires, à la destinée illustre de la Ville du Sud.

Les princes de Thèbes et la première montée en gloire de la ville

Après six siècles d’histoire, vers 2260 av. J.-C., une tourmente politique allait bouleverser le jeune royaume du Nil et mettre en danger la stabilité de l’institution royale. À la fin du règne de Pepi II (VIe dynastie), la crise progressivement éclate, due à la faiblesse du pharaon (après un règne de quatre-vingt-quatorze ans) et aux ambitions politiques des chefs de nomes, qui tendaient à se distraire, dans leurs lointaines provinces, du pouvoir central établi à Memphis, et aspiraient à s’emparer du pouvoir sur le pays entier. Le désordre était immense, le peuple souffrait et souhaitait le retour de l’ordre monarchique, gage de paix et de prospérité. Après plusieurs tentatives passagères de nomarques ambitieux, avides de gérer l’ensemble du territoire qui s’étendait alors depuis la Méditerranée jusqu’en Nubie, ce furent finalement les princes de Thèbes qui assurèrent le rétablissement du royaume d’Égypte, en conquérant militairement le nord de la vallée et en regroupant autour de Thèbes les nomes du Sud. Vers 2160 av. J.-C., les princes thébains Antef créent la XIe dynastie ; trois souverains Antef, auxquels succédèrent les princes Montouhotep, maintinrent avec fermeté l’union du Double Pays. Vers 2000 av. J.-C., Amenemhat, le vizir du dernier des rois Montouhotep, s’empara du pouvoir par un coup d’État, inaugurant la XIIe dynastie ; Thèbes devient alors la capitale du royaume restauré. Pendant près de deux cents ans ensuite, les Amenemhat et les Sesostris vont poursuivre l’œuvre d’unification et le développement du royaume. Avec la première monarchie thébaine, l’Égypte renaît.

La fermeté et le souci de réforme et d’innovation des premiers souverains thébains se manifestèrent dans beaucoup de domaines : politique, religieux, artistique. Le monarque, depuis sa capitale méridionale, tiendra solidement sous son autorité les administrateurs locaux qui avaient souvent créé des problèmes. Thèbes demeurera le centre unique, incontestable, du gouvernement de l’Égypte. On reprendra alors les grandes expéditions politico-commerciales vers l’Asie et l’Afrique, nécessaires au développement du pays. Amon deviendra le « roi des dieux », associé souvent, sous le nom d’Amon-Rê, au puissant dieu solaire d’Heliopolis (grand centre religieux du Nord, près de Memphis) ; ce rapprochement divin était un gage de paix religieuse et soutenait idéologiquement l’unité du royaume.

L’architecture évolue : si la forme pyramidale, caractéristique des tombes royales antérieures (voir Giza) se conserve encore accessoirement, Monthouhotep III fera construire pour lui un monument d’un plan nouveau, sur la rive gauche du Nil, à Deir El Bahari, dans un cirque rocheux au flanc de la falaise libyque. Le temple funéraire était étagé sur trois terrasses et dominé par une petite pyramide de vingt mètres de base : le Saint des Saints du temple et le caveau étaient creusés au cœur de la falaise. Monument novateur donc qui, tant par son site d’élection que par certains des éléments de son plan (caveau creusé dans la roche), annonce les constructions à venir des XVIIIe et XIXe dynasties. Ce fut le modèle architectural repris, une soixantaine d’années plus tard, sur le même site (plus au nord) par la reine Hatshessout, tandis que le caveau creusé dans la roche est le prélude des hypogées de la vallée des Rois. Thèbes, capitale politique et religieuse, devient aussi capitale architecturale, dont le grandiose développement s’annonce alors.

Thèbes, sauveur national, capitale de l’Empire égyptien d’Orient

À la mort d’Amenemhat IV, vers 1 790 av. J.-C., une crise éclate ; le roi ne laissait pas d’héritier majeur et cette carence de la succession royale semble avoir ranimé l’ambitieuse opposition des nomarques provinciaux. D’autre part, l’Égypte, à ce moment, est menacée par des envahisseurs : les Hyksos, peuples sémitiques, chassés de leurs terres anciennes par les invasions de populations indo-européennes qui déferlèrent au Nord, venant du Caucase, vers l’an 2000. Par vagues successives, ils envahirent d’abord l’Asie Mineure, créant de nouveaux États : le royaume du Mitanni (près des sources du Tigre et de l’Euphrate), le royaume du Hatti (sur les plateaux asiatiques, plus à l’ouest), tandis que les Kassites maîtrisaient Babylone. Mais l’Égypte, riche et prospère, demeurait, pour ces peuples nouveaux, le but idéal de leur errance. Les Hyksos installent alors militairement leur domination sur le delta du Nil et la Moyenne-Égypte. Au sud, Thèbes, l’insoumise, résiste pendant plus d’un quart de siècle et finira par chasser les intrus de l’ensemble du territoire national. Le roi Kamosis, libérateur, qui a poursuivi l’ennemi hors des frontières septentrionales du pays, est accueilli à Thèbes, dans la liesse, lors de son retour du Nord : « Chaque visage était lumineux, les rives du fleuve dansaient et Thèbes était en fête ».

Ahmosis, frère du précédent, inaugure la XVIIIe dynastie ; il consolide et agrandit les racines de l’Empire. En moins de cinquante ans, l’Égypte s’affirme comme la première puissance du monde oriental, grâce au courage et à l’intelligence des rois thébains : les Aménophis, les Thoutmosis, les Ramsès (XIXe dynastie). Du cœur du Soudan jusqu’à l’Euphrate de longues et héroïques campagnes militaires vont assurer cette suprématie, conséquence des hauts faits d’armes perpétrés par les monarques venus de Thèbes. Le Mitanni et le Hatti, désireux d’étendre leur pouvoir sur l’Égypte, seront finalement défaits. Cinquante ans de paix, à partir de la fin du règne de Ramsès II, vont clore ce chapitre guerrier et Thèbes sera désormais la prestigieuse cité, maîtresse de l’Orient, la grande ville du Sud, baptisée par Homère « la ville aux cent portes », tant apparurent stupéfiants aux yeux du poète grec le nombre et l’enchevêtrement des monuments sacrés ; sur le site, en effet, pendant deux millénaires, chaque pharaon avait voulu laisser des témoignages pérennes de sa ferveur religieuse.

Le site de Thèbes. Art, religion et éternité

À Thèbes, la vie politique et spirituelle était cantonnée sur la rive droite du Nil : ville et palais royal, temples de Karnak et de Louxor ; la rive gauche du fleuve, au flanc de la colline occidentale, était le lieu des nécropoles et des constructions funéraires.

Les temples

Karnak est donc un gigantesque ensemble de temples, à la construction desquels ont contribué de nombreuses générations de souverains. Les destructions successives (des Assyriens d’abord, vers 664 av. J.-C., puis de vandales plus modernes) n’ont pu retirer à ce fantastique champ de ruines son émouvante grandeur.

Le site de Karnak comprend trois aires sacrées : au nord, celle du dieu-faucon Montou ; au sud, celle de la déesse Mout, la parèdre d’Amon ; une allée bordée de sphinx relie cette aire méridionale à l’aire centrale, la plus vaste (300 000 m2), qui correspond au domaine d’Amon-Rê. Le temple d’Amon-Rê, à Karnak, bâti sur plan ouest-est, nous enseigne ce qu’était la structure fondamentale d’un lieu saint. Son dispositif d’ensemble d’abord : en un cheminement plus ou moins long, d’ouest en est, on procède du profane au sacré, de la lumière à l’ombre.

Depuis le fleuve, une grande allée bordée de sphinx à tête de bélier – quarante devant le grand temple d’Amon-Rê, le bélier étant l’animal sacré du dieu qui pouvait s’incarner en lui – menait jusqu’au pylône, qui commandait l’accès du temple. Longue et prestigieuse garde divine, Amon-Rê lui-même veillait sur son sanctuaire.

Le pylône était constitué par deux grands massifs de pierre, étirés en largeur, à fruit prononcé, flanquant une porte d’entrée (cent treize mètres de long, quinze mètres d’épaisseur pour le premier pylône du grand temple). La façade du pylône était ornée de mâts en bois, encastrés dans l’épaisseur de la construction ; au sommet de ceux-ci flottaient des banderoles, annonçant de loin, aux pèlerins du désert, la présence attendue du monument sacré. Devant le pylône se dressaient deux obélisques (souvent monolithes), parfois des statues colossales du roi. Sur les pylônes (comme sur les murs extérieurs des temples) des bas-reliefs étaient sculptés qui relataient les hauts faits du souverain, assurant ainsi la pérennité de ses exploits face au peuple et aux visiteurs. (On utilisait pour les rendre plus lisibles, dans la vive lumière du soleil, la technique du relief dans le creux).

Franchissant le pylône, on entrait dans une cour à portiques, de dimensions variables (cent trois mètres sur quatre-vingt-quatre mètres pour celle qui faisait suite au premier pylône du temple de Karnak) – partie publique du temple où la foule pouvait voir le défilé des processions.

Dans la salle hypostyle, qui faisait suite à la cour publique, s’accomplissaient les cérémonies rituelles auxquelles ne pouvaient assister que les prêtres et quelques privilégiés. La grande salle hypostyle de Karnak, commencée sous Aménophis III (vers 1400), fut construite et décorée essentiellement par les pharaons de la XIXe dynastie : Seti Ier et Ramsès II (jusque vers 1200) – ouvrage donc de deux siècles environ. Elle mesurait cent deux mètres de long sur cinquante-trois mètres de profondeur ; elle était constituée par cent trente-quatre colonnes colossales. Douze colonnes à chapiteau papyriforme ouvert formaient la nef centrale ; les chapiteaux mesuraient quinze mètres de circonférence (cinquante personnes pourraient y tenir debout ensemble aisément), les colonnes supportaient, par l’intermédiaire de dés, des architraves puissantes qui élevaient le plafond à vingt-trois mètres de hauteur. Cent vingt-deux colonnes à chapiteau papyriforme fermé, moins hautes d’un tiers que les précédentes, formaient les bas-côtés ; des scènes religieuses y étaient sculptées.

Enfin, en arrière (à l’est) de cette salle hypostyle se trouvaient les appartements privés de la divinité ; ils contenaient, notamment, son naos, chapelle carrée à toit pyramidal, où la statue sacrée était gardée dans un tabernacle de pierre dure et recevait ses desservants aux trois moments essentiels du jour (matin, midi et soir).

Auprès du temple, se trouvait le lac sacré : évocation des eaux initiales qui recouvraient jadis l’univers incréé et d’où jaillit, au premier jour du monde, de par sa propre volonté, Amon-Rê, le créateur divin. Le lac sacré constituait une réserve potentielle de forces ; de son sein, à chaque aube nouvelle, devait resurgir la création. Les prêtres y trouvaient l’eau nécessaire à leurs ablutions ; des cérémonies rituelles s’y déroulaient suivant un calendrier consacré.

L’ensemble des bâtiments était entouré d’une vaste enceinte de briques ; des portes en grès étaient percées axialement.

Une allée bordée de sphinx relie, sur deux kilomètres et demi, Karnak à Louxor. Sur ce site, le temple est essentiellement l’œuvre d’Aménophis III (vers 1400) ; Ramsès II (à partir de 1300) l’agrandit ensuite. Il comporte deux pylônes et deux cours. L’architecture est élégante, notamment celle de la grande cour (cinquante-deux mètres sur quarante-huit), avec sa double rangée de quatorze colonnes campaniformes en grès (hauteur : 10,80 mètres, circonférence : 9,80 mètres), constituant un hall magnifique où s’arrêtaient les processions avant d’entrer dans le temple.

Il ne faut point se représenter les grandes aires divines de la ville de Thèbes antique telles qu’elles nous apparaissent maintenant, squelettes de pierre des monuments d’antan. À Karnak, comme à Louxor, or et pierres précieuses recouvraient les constructions sacrées : l’or, considéré comme la chair des dieux, le lapis lazuli, la cornaline, la turquoise, l’argent brillaient de tous leurs feux, compléments de la lumière céleste. De loin, dans le désert, pèlerins et voyageurs apercevaient cet immense étincellement et hâtaient le pas vers « la maison d’Amon-Rê », radieuse et proche.

Les champs funéraires

Depuis l’avènement de Thèbes au rang de capitale d’Empire, les monuments de l’architecture funéraire royale se trouvent désormais groupés sur la rive gauche du Nil, face à Karnak et à Louxor.

En fonction du site nouveau, constitué d’abord par les champs en bordure du fleuve, puis par le désert que limite la haute falaise libyque occidentale, le dispositif des constructions évolue. Près de la vallée, à la lisière des terres cultivées, s’élève le temple funéraire (dit « château des millions d’années ») qui associe désormais la destinée royale à celle des grands dieux ; son plan et sa décoration sont analogues à ceux des temples divins. On y dessert le roi, Amon-Rê et les divinités de l’au-delà.

Le Ramesseum, temple funéraire construit par Ramsès II (vers 1260), comprend deux pylônes, deux cours, une grande hypostyle (quarante et un mètres sur trente et un) dont vingt-neuf colonnes sont encore debout. Le premier pylône est sculpté de nombreuses scènes militaires, décrivant notamment la victoire du roi sur les Hittites, à Kadesh.

Plus au sud, à Médinet-Habou, le temple funéraire de Ramsès III, construit vers 1180, est le plus grand que l’on connaisse. Il présente le même dispositif qu’au Ramesseum, mais la porte d’entrée est constituée par une tour de type syrien (un migdol), haute de dix-huit mètres, au sommet crénelé, qui évoque les victoires du grand souverain.

À l’ouest, dans un oued desséché et grandiose, appelé Biban-el-Molouk (« vallée des Rois »), borné par la falaise de l’Occident – protection naturelle de la tombe qui y est creusée – se trouve l’hypogée royal, de plan simple : un long couloir en pente douce descend jusqu’à un puits vertical qui plonge dans le caveau ; on aboutit à une salle double ; la seconde, orientée vers le nord, contenait le sarcophage royal. Ces hypogées étaient en fait de véritables palais souterrains, la longueur des couloirs dépassant presque toujours cent mètres. Couloirs et chambres étaient décorés de peintures évoquant la régénérescence solaire du souverain. À partir de Thoutmosis Ier (vers 1530), la vallée des Rois accueillit les rois défunts.

Un peu plus au sud, la vallée des Reines regroupe, dans des tombes analogues, les reines et ceux des princes royaux décédés très jeunes. Celle de la reine Néfertari, l’épouse favorite de Ramsès II, est l’une des plus belles de la nécropole par ses dimensions et surtout par l’élégance des formes peintes et leur finesse.

De nombreuses nécropoles privées (demeures d’éternité des hauts personnages de la Cour) s’échelonnent encore du nord au sud ; on en a dénombré plus de quatre cents. On retrouve la même association : puits et caveau en sous-sol, chapelle creusée dans le flanc de la falaise.

Entre les temples funéraires alignés dans la plaine occidentale de Thèbes et la vallée des Rois, on peut encore voir les ruines du village de Deir-el-Medineh, où vivaient les artisans et les ouvriers de la nécropole.

Décadence de Thèbes

Après son apogée à l’époque du Nouvel-Empire, la ville, capitale du plus grand Empire d’Orient durant plus de mille ans, va vivre une progressive décadence, due au contact nouveau avec les jeunes princes du monde extérieur tandis que demeurent encore les ambitions politiques des nobles locaux de la vallée (au nord notamment).

À la mort de Ramsès XI, vers 1085 av. J.-C., le général Herihor, devenu premier prophète d’Amon, crée, dans le sud, une théocratie qui fait de la Thébaïde une province pratiquement indépendante dirigée par des rois-prêtres. Au nord, Psousennes installe la « capitale » de la XXIe dynastie à Tanis, dans le delta du Nil. Thèbes, la lointaine, ne joue plus qu’un rôle secondaire.

Bientôt les Libyens, déjà implantés dans l’ouest du delta, conquièrent le pouvoir monarchique, établissant les XXIIe et XXIIIe dynasties à Bubastis, puis à Tanis. C’est le moment où Sheshonq, le pharaon bubastite, pilla à Jérusalem les trésors du temple de Jahveh et ceux du palais de Salomon ; en souvenirs, il fit ériger un grand portique de grès à Karnak, sur lequel il fit sculpter la liste des villages d’Edom, de Juda et d’Israël qu’il détruisit.

Vers 730 av. J.-C., la Nubie, sujette jusque-là de l’Égypte, s’empara à son tour du royaume millénaire. Piankhy, premier pharaon soudanais, gouverna la vallée du Nil depuis sa lointaine capitale africaine de Napata. Mais les princes du Nord entretiennent toujours une anarchie qui permettra, vers 664, aux redoutables Assyriens d’occuper momentanément le delta et, au sud, de mettre à sac la grande cité thébaine, détruisant temples et palais dont les ruines demeurent. Psammétique Ier et II, souverains de la XXVIe dynastie dont la capitale Sais était dans le delta, éliminèrent les petits « souverains » régionaux, rejetèrent le protectorat assyrien, repoussèrent les Nubiens jusqu’au cœur de leur royaume, rendant ainsi à l’Égypte indépendance et prospérité. Mais les conquérants perses (XXVIIe dynastie – Cambyse, Darius, Xerxes) entreprirent alors d’annexer l’Égypte à l’Empire achéménide.

Les dernières dynasties indigènes (XXVIIIe-XXXe) rendirent au pays quelque liberté mais en gouvernant toujours depuis le delta. Thèbes ne renaîtra pas, tandis que les Grecs et les Romains s’installeront sur les bords du Nil. L’Égypte est définitivement entraînée vers ses destins méditerranéens. Thèbes, de nos jours, est la première capitale touristique du monde, offrant toujours aux visiteurs les témoignages somptueux d’un prestigieux passé.

Claire Lalouette
Ancien membre scientifique de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire Professeur émérite à l’université de Paris-Sorbonne

La religion égyptienne

AnubisDes monuments admirablement préservés, des textes de mieux en mieux déchiffrés et une multiplicité d’images : on pourrait penser que la religion égyptienne n’a plus de secrets. Pourtant, de ses débuts, nous ne savons à peu près rien. Lorsque l’Égypte entre dans l’histoire, sous la forme d’un état centralisé, dirigé par des rois au pouvoir absolu, son système religieux est déjà en place. Ce système va perdurer pendant plus de trois millénaires, comme nous l’explique aujourd’hui Françoise Dunand qui a publié notamment, aux éditions Colin en 1991, Dieux et hommes en Égypte.

Dès l’origine, le pharaon est le responsable du culte…

Sous l’Ancien Empire, ses rapports étroits avec les dieux sont évidents : les statues de Chephren, retrouvées dans son temple funéraire à Giza, montrent le faucon Horus posé sur sa nuque et l’entourant de ses ailes, expression de la protection divine exercée sur la fonction royale. Un peu plus tard, on multiplie les images de Mykerinos en compagnie de divers dieux. Mais c’est surtout avec les Textes des Pyramides de l’Ancien Empire que sont clairement formulés les aspects religieux du pouvoir pharaonique : le roi, à sa mort, est dit « rejoindre ses pères », les dieux, dans un séjour étoilé, après avoir traversé l’océan céleste dans la barque du dieu solaire Rê. Il est également assimilé au dieu Osiris qui, après avoir été mis à mort, est allé régner sur un séjour souterrain. Mais la légitimation religieuse du pouvoir royal trouve son expression la plus frappante dans un mythe qui semble remonter au IIIe millénaire, celui du combat d’Horus et de Seth. Horus revendique l’héritage de son père Osiris, dont Seth veut s’emparer. Dans un premier temps, l’assemblée des dieux jouant le rôle d’arbitre décide que l’héritage sera partagé entre les deux rivaux ; mais le combat reprend et la victoire est finalement remportée par Horus, qui sera désormais seul maître du royaume d’Osiris – c’est-à-dire l’Égypte. Une vision typiquement dualiste de l’histoire de l’Égypte, représentée comme l’union de « deux terres », s’affirme dans ce mythe fondateur, et bien sûr, c’est l’existence d’un pouvoir unique qui est de ce fait justifiée : le roi est fondé à l’exercer en tant que successeur d’Horus. La titulature royale, élaborée très tôt, souligne la parenté du pharaon avec les dieux : il est « Horus », « Horus d’or », « fils de Rê ». Sa fonction de garant de l’unité des deux terres s’exprime dans le titre de protégé des « Deux Maîtresses », le vautour Nekhbet et le cobra Ouadjet, déesses tutélaires de la Haute et de la Basse Égypte.

Des dieux sous forme de faucon, de vautour, de cobra…

Les informations très rudimentaires dont on dispose sur la religion de l’Égypte préhistorique permettent de penser que les animaux y occupaient une place importante. Les noms que portent à l’époque historique les circonscriptions administratives, – l’ibis, le taureau noir, le lévrier, le cobra, le crocodile –, rappellent sans doute un animal particulièrement honoré dans la région. Mais les premiers textes, les premiers monuments n’évoquent pas de cultes rendus à des animaux. Dès ce moment, les dieux sont généralement représentés sous forme humaine. Par la suite, lorsque les images divines se multiplient, des formes complexes leur sont attribuées : Amon peut être simultanément représenté sous la forme humaine, sous celle d’un bélier ou d’un homme à tête de bélier ; Hathor est figurée comme une femme, vache ou femme à tête de vache. Cela ne signifie pas qu’on rende un culte au bélier ou à la vache en tant que tels : on honore la puissance qui peut prendre, selon les circonstances, l’aspect du bélier ou de la vache. À la Basse Époque, on admettra que le dieu puisse s’incarner dans un animal vivant qui dès lors recevra un culte : le taureau Apis, le bélier de Mendès, le crocodile au Fayoum. Cependant, plutôt que des personnalités aux contours délimités, aux fonctions précises, les dieux égyptiens sont, selon la belle formule d’E. Hornung, des « nébuleuses », des ensembles aux formes variables, aux pouvoirs, d’une certaine façon interchangeables. Bien sûr, chacun a des attributs qui lui sont propres et grâce auxquels il est identifiable. Par ailleurs, certains d’entre eux apparaissent liés à des activités ou à des domaines spécifiques : le dieu créateur est généralement (mais non exclusivement) un dieu solaire, Atoum-Rê ou Amon-Rê ; Osiris, avec d’autres divinités dont Anubis, préside au monde des morts. Mais, à tout moment, un dieu peut revêtir les aspects et les fonctions d’un autre. Les grands hymnes liturgiques du Nouvel Empire s’adressent à Amon, Ptah et Osiris en des termes tout à fait comparables, qui pourraient parfois faire penser que les Égyptiens étaient monothéistes : « Un, qui demeure unique », dit un hymne à Amon de la XXIe dynastie.

Un éventuel monothéisme ?

Il est clair, pourtant, qu’au début du IIIe millénaire l’Égypte connaît une multiplicité de dieux, héritage probable des cultes pratiqués par les communautés de l’époque néolithique. Chaque ville, chaque village possède son ou ses dieux, dont l’audience est souvent purement locale. Pourtant, au fil du temps, certaines figures divines qui ont sans doute acquis leur importance du fait qu’elles étaient liées à un centre de pouvoir, sont vénérées dans toute l’Égypte. La montée en puissance d’Amon, au départ simple divinité thébaine, à partir du Moyen et surtout du Nouvel Empire, s’explique au moins en partie parce que les rois de la XIIe dynastie, puis de la XVIIIe, étaient d’origine thébaine. Son clergé jouera alors un rôle très important, en particulier dans des affaires complexes et litigieuses de succession royale.

Le fait qu’on s’adresse à Amon, à Ptah ou à Osiris en leur disant : « Tu es l’unique » exprime peut-être le sentiment de l’unité du divin à travers des formes multiples et changeantes ; mais celles-ci peuvent toujours, et au même moment, incarner la divinité, elles ne sont jamais récusées au profit d’une forme unique – sauf peut-être au cours de l’épisode amarnien. Vers la fin de la XVIIIe dynastie, un pharaon, Aménophis IV, abandonne son nom « amonien » pour prendre celui de son dieu, Aton, dont il veut imposer le culte ; du même coup il abandonne Thèbes pour fonder une nouvelle capitale, Akhetaton (Amarna). Le culte d’Amon subira une « persécution ». La réforme d’Akhenaton est cependant ambiguë : elle a une authentique dimension religieuse, mais aussi une portée politique, dans le cadre du conflit qui oppose le roi au puissant clergé thébain : Akhenaton se veut l’unique desservant du culte d’Aton… L’expérience, de toute façon, est de courte durée – elle dure treize ans –, et le culte d’Aton ne remplacera pas celui des autres dieux.

Le système religieux de l’Égypte pharaonique implique donc bien la multiplicité des formes divines, le dieu auquel on s’adresse étant souvent ressenti, sur le moment, comme « l’unique », au sens où tout autre s’efface devant lui. Pour autant, les autres ne sont pas niés, le fidèle se tournant vers celui qui lui est le plus proche, le dieu de son village, celui sous la protection duquel ses parents l’ont placé en choisissant son nom.

Des dieux bienveillants à l’égard des hommes

C’est une des croyances fondamentales de la piété égyptienne. Le monde a été extrait d’une sorte de chaos liquide, l’océan primordial et organisé par un dieu créateur, Atoum, Rê ou Ptah, qui a agi de sa propre initiative, apparemment pour le plaisir de créer et ce monde est bon. Chaque être, du plus grand au plus petit, y a sa place, et l’homme, sans être au centre de la création a été « bien pourvu ». Nulle trace, dans les textes théologiques égyptiens, du concept, si présent à la même époque dans les textes babyloniens, d’un être humain voué au travail et à la peine. Un conflit entre hommes et dieux est bien évoqué : Rê envoie sur terre sa fille, sous la forme d’une lionne terrifiante, qui a pour mission de détruire l’humanité. Bientôt, cependant, il regrette son geste et met fin au massacre commencé.

Si la vision du monde et de l’homme est plutôt optimiste, on reconnaît l’existence de forces mauvaises, susceptibles de renverser l’ordre voulu par le dieu créateur. Ces forces hostiles, mystérieuses, existant peut-être dès l’origine au sein de l’océan primordial, sont représentées par l’ennemi de Rê, le serpent Apophis, contre lequel, chaque nuit, le dieu solaire livre un combat dont il sort toujours victorieux. Et chaque matin le monde renaît avec le lever du soleil : la création n’est jamais achevée, le retour au chaos est toujours une menace.

Cet équilibre du monde est garanti par la présence des dieux. Ils ont leur habitat sur terre, leur « maison », le temple. Il reste peu de chose des plus anciens lieux de culte ; c’est surtout à partir du Nouvel Empire qu’ils nous sont conservés – songeons aux nombreux temples édifiés sous Ramsès II, de Karnak à Abou Simbel. Demeure du dieu, le temple a un double aspect, fonctionnel et symbolique. C’est un microcosme dont les différents éléments résument le monde : le pylône, porte monumentale encadrée de deux massifs de pierre, correspond aux deux « montagnes de l’horizon », entre lesquelles se lève le soleil ; les fûts des colonnes évoquent le jaillissement des tiges de papyrus ; les plafonds étoilés sont à l’image du ciel nocturne. Mais le temple a un usage rituel et est évidemment agencé en rapport avec les cérémonies qui s’y déroulent. En son cœur, le Saint des Saints, complètement obscur, renferme le tabernacle où est enclose la statue du dieu. Seul le prêtre principal a le droit d’y pénétrer. Tout autour, des chapelles peuvent être consacrées à des dieux secondaires. Viennent ensuite des pièces également accessibles aux seuls prêtres : salle des offrandes, salle de l’apparition… L’hypostyle, vaste salle à colonnes, en partie ouverte, débouche sur une ou plusieurs cours à l’air libre, souvent entourées de colonnades. Les fidèles, qui n’avaient pas le droit d’entrer dans la partie « fermée » du temple, pouvaient venir y prier. La vision des images divines ne leur était pas interdite, car le calendrier des fêtes comportait de nombreuses « sorties » des dieux, au cours desquelles leurs images étaient portées en procession non seulement dans le temple, mais dans la ville, voire d’une ville à l’autre. Lors de la « belle fête de la Vallée », le dieu Amon de Karnak s’embarquait avec son cortège sur le Nil et allait visiter les temples de la rive gauche…

Les fêtes, de joyeux rassemblements

Elles offrent en effet des occasions uniques de se divertir et faire bombance : Hérodote, qui a visité l’Égypte au milieu du Ve siècle avant J.-C., a noté que, lors de la fête de Boubastis, on consomme plus de vin que pendant tout le reste de l’année… Par ailleurs, dans la pensée égyptienne, les fêtes sont indispensables au bon fonctionnement de l’univers, parce qu’elles font revivre des événements fondateurs : à Esna, en pleine époque romaine, on commémorait la création du monde par Neith en même temps que la naissance du pharaon – en l’occurrence l’empereur romain – sous la forme d’un enfant divin, légitime successeur de ses ancêtres les dieux.

… mais aussi un culte journalier, essentiel

Assurant la présence au monde des dieux, il est garant de stabilité pour la société humaine. En principe, le pharaon est le seul véritable prêtre. Bien sûr, il doit « déléguer » ses fonctions au clergé. Chaque jour, à l’aube, après s’être purifié, le prêtre principal du temple va « éveiller » le dieu par des gestes et formules consacrés ; il pare et habille la statue, lui offre sa nourriture quotidienne. Moyennant quoi, le dieu vient animer son support terrestre. S’il y avait manquement au rituel, interruption des offrandes, la société encourrait un risque majeur : les dieux pourraient quitter la terre d’Égypte. Le clergé a donc une place importante dans la société. Sa fonction consiste avant tout à assurer le « service du dieu » ; ce travail de spécialistes exige une connaissance approfondie des rituels et des textes liturgiques ; spécialisées également, les fonctions du scribe sacré, de l’astronome, du prêtre magicien, des chanteurs et musiciens… La « science sacrée » couvre des domaines très divers, de la géographie à la médecine en passant par la pharmacopée ; le clergé est maître d’un savoir, acquis dans les « maisons de vie » liées aux temples, qui peut aussi se transmettre de père en fils. Par ailleurs, dans les grands temples qui possèdent souvent des domaines importants, il existe tout un personnel chargé de produire ce dont les dieux – et leurs desservants – ont besoin : produits alimentaires (pain, viande, bière) destinés aux offrandes, tissus de lin pour habiller les statues divines et les prêtres eux-mêmes. Des artisans et des serviteurs sont également employés pour assurer la décoration, la réfection et l’entretien des temples, véritables entités économiques.

Des monuments funéraires impressionnants

Dans le paysage actuel, leur présence frappe peut-être encore plus que celle des temples. Très tôt, l’idée d’une persistance possible de la vie après la mort s’est imposée aux Égyptiens, ce qui explique l’invention et la progressive mise au point d’un procédé destiné à préserver l’intégrité du corps, la momification. À l’époque la plus ancienne, c’est le roi et sans doute son entourage immédiat qui en bénéficient. Puis, à partir du Moyen Empire, de plus en plus de gens ont accès aux rituels funéraires, désormais très élaborés, qui ont pour objectif de faire du mort un « Osiris », c’est-à-dire un être promis à une survie bienheureuse. La vision de l’au-delà qui s’impose est celle d’un séjour souterrain sur lequel règne Osiris. Le mort y subit un jugement : Anubis et Horus pèsent son cœur sur une balance, de façon à s’assurer qu’il n’est pas alourdi par le péché ; il doit ensuite « se justifier » en présence du dieu en récitant la liste des fautes qu’il n’a pas commises, la « confession négative ». Faute de pouvoir se justifier, le mort serait dévoré par Ammit la mangeuse : ce serait une seconde mort, définitive celle-là. Les Égyptiens n’ont pas pour autant éliminé les terreurs de l’au-delà : il est peuplé de créatures assez sinistres, à en juger par le décor des tombes royales thébaines et de nombreux papyrus funéraires. Cependant, c’est au total une vision relativement optimiste, ce qui peut expliquer que de nombreux étrangers, Grecs puis Romains installés en Égypte, se soient fait inhumer selon les rites égyptiens.

À partir du IVe siècle avant J.-C., la société égyptienne devient de plus en plus « multiculturelle ». Si les bouleversements politiques et la diversité ethnique engendrent bien des changements dans la vie administrative et l’activité économique, sur le plan religieux, la continuité est tout à fait frappante. Le roi, puis l’empereur, sont toujours symboliquement les garants de l’ordre du monde et de la société, et leur pouvoir considéré comme légitime, puisque d’origine divine. Les dieux traditionnels sont toujours en honneur : les temples les plus prestigieux visibles aujourd’hui, Edfou, Kom Ombo, Philae, ont été édifiés aux époques hellénistique et romaine. Certes, des dieux nouveaux sont apparus, comme Sarapis, « création » des premiers Ptolémées, dont le culte, d’abord centré à Alexandrie, se diffuse dans toute l’Égypte. Mais la religion égyptienne était suffisamment souple pour intégrer des formes nouvelles : dès le Nouvel Empire, elle avait fait place à des dieux venus du Proche-Orient. Pourtant, cette vitalité va progressivement s’étioler au cours du IVe siècle de notre ère, probablement du fait des difficultés économiques dont souffrent les grands temples ; de plus le christianisme, favorisé par la politique impériale, gagne du terrain et s’impose en Égypte après trois siècles de coexistence pacifique avec les cultes « païens ». La destruction par des chrétiens du temple de Sarapis d’Alexandrie, en 392 après J.-C., sonnera le glas de l’antique religion.

Françoise Dunand
Professeur émérite de l’université de Strasbourg Directrice des fouilles d’El-Deir (oasis de Kharga)

Luxor/Karnak/Thebes

Luxor temple

Luxor 

To say that the Luxor area is a major attraction for tourists in Egypt would be an understatement. It has been a tourist destination since the beginning of tourism. Even in ancient times, during the late Dynasties of the Greek and Roman periods, the area drew tourists, and has been doing so ever since. Today Luxor is well equipped to accommodate tourists with many hotels and in general a tourist industry ready and willing to serve the people from many countries that descend on this area of the Nile Valley every year.
Luxor today is a city of some 150,000 people and is governed by special statues that allow it more autonomy then other political areas of Egypt. One thing you might notice is that various government and other buildings confirm to an ‘ancient’ building code. Particularly, the National bank of Egypt (located near the winter palace), the spa south of the police station, and the railway station are all designed to appear as pharaonic constructs. All of this occurred after the Egyptianization of the modern town resulting mostly from the mania that resulted from Howard Carter’s discovery of the Tomb of Tutankhamun. As one might think, the city has all the amenities tourists might expect, including a variety of hotels, bars, nightclubs and restaurants.

About halfway to Karnak, you will discover the Luxor Museum. (The image at left is a Block Statue of Iamu Negh from the Luxor Museum). It should certainly be visited if you plan a well rounded and educated experience. While this is a small museum, most of the relics are from the surrounding area and provide considerable insight to the monuments you will visit.

From the Museum, head back to Sharia al-Karnak and continue north towards Karnak. After crossing a small bridge one will begin to see the excavated dromos off the road and running through a small village. A little further on you will pass the ruins of the Temple of Mut where another dromos leads to the gateway of the tenth pylon. The road finally arrives at the domed tombs of two saints, Sidi Ahmed and Sidi Ali, where a road leads past the Department of Antiquities leads to the main Temple of Karnak entrance. This road is built along a canal that once connected the Nile to the Temple. There was a dock in ancient times, but now all that is left is the quay and the raised dais. Just past that is a red brick Roman dock and past that two paved ramps led to the river bank. They are bordered by stone parapets, and were built during the rule of Taharqa. Past these is the Chapel of Achoris, which received the sacred boat of Amun when it was used in ceremonies.

The road eventually winds itself westward until reaching the Valley of Asasif. These are 25th and 26th Dynasty tombs. At the end of of the Valley of Asasif at the foot of a cliff named Deir el-Bahri is a spectacular complex of temples. The Temple of Mentuhetep I, Hatshepsut and Thotmose II here must be seen. Much of the architecture here seems so very powerful against the towering cliffs in the background. From here, the road continues past the remains of the temples of Ramesses IV and Thutmose III, eventually reaching the Necropolis of Sheikh Abd el-Qurna. This 18th Dynasty necropolis sits amidst houses where there are hundreds of holes. And below here, one comes to the famous Ramesseum, built by Ramesses II, a huge complex that took twenty years to complete.

As the road runs along past the remains of Thutmose IV, Merneptah, Ay and Horemheb’s Temples, it finally comes to the huge complex known as Medinet Habu, which is another of Thebe’s major attractions and a must see sight. The gate has square towers and appears almost oriental. Behind the complex is the workmen’s village called Deir el-Medina. Out in the fields near here is the Colossi of Memnon, one of the major tourist attractions throughout time. Southwest of Deir el-Medina is the Valley of the Queens, where queens of the 18th and 19th Dynasties were buried.

From here, the road continues past the mudbrick remains of the Amenhotep III’s palace called Malkatta. There is a lake to the east and at the other end of that, a small Roman temple called Deir Shelwit and built at the end of the 1st century.

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